« Respecter la tradition c’est souffler sur les braises pour raviver le feu et non pas vénérer des cendres ». Phrase attribuée sans assurance à Gustav Mahler.
Si l’interprétation est le fait de s’approprier un morceau, l’œuvre issue de l’âme d’un compositeur, il s’agit pour l’interprète de saisir, grâce aux informations notées par celui ci sur la partition, par les non-dits que chacun devrait connaître, par la maîtrise technique, l’essence même du message que le créateur de l’œuvre tend à transmettre. S’il est encore vivant, n’hésitez pas à parler avec lui !
En tous les cas il est essentiel de ne pas trahir l’œuvre par des approximations trop importantes du texte même s’il est de tradition (cf A-L Gassmann dont nous reparlerons) de ne pas jouer du cor des Alpes comme on jouerait de la trompette dans une fanfare, mais de garder une « souplesse » appelée « RUBATO ».
- Les informations écrites: Pour chaque partie, regarder les informations d’interprétation (« Calme », « Dansant », « Triste », « Reigenmässig »; les « tempi » etc)
- Les « non-dits » d’une partition. Les « codes » d’interprétation. Appliquer les non-dits: Temps forts -temps faibles, Phrasé dû au style (valse, mazurka, polka etc)
Les dix conseils au joueurs de cor des alpes
Voici ma traduction libre des dix conseils de Gassmann (ici l’original en allemand). Ce que le joueur de cor des Alpes doit savoir de son instrument « naturel »
- Le cor des Alpes appartient aux montagnes. Assure-toi donc d’abord d’être bien placé
pour produire un beau son et un bel effet de distance (échos).
- Si tu n’es pas sûr de ton « jeu » essaie d’abord les 6 notes de « base » 1. En tous les cas commence par une inspiration profonde.
- Prends ton temps ! Ne précipite pas le tempo (trompette) 2. Une fois lancé, inspire-toi
de la ligne des montagnes suisses. Que chaque son soit propre et équilibré, plein et rond. Et
ne fais pas semblant.3 - Joue dans le style 4 du cor des Alpes. Lentement et libéré du temps.5 (5).
Pas comme un musicien de fanfare accroché à son « tempo ». Écoute l’« écho »6 (6*). Profite
de ta musicalité, elle te fera plaisir. Tiens les dernières notes longtemps et laisse disparaître
le son progressivement. Laisse ton âme s’exprimer. Un léger vibrato peut accompagner cette
expression. - Ne crains pas de jouer le Fa (7) du cor de Alpes. Il appartient à la particularité des instruments naturels. Ne joue le Fa et le La que si tu les reconnais bien à l’oreille. Joue-les rapidement et pas sur un temps de départ.7
- Ne perds pas ton temps à vouloir jouer des musiques et des mélodies inappropriées.
Rendons à César ce qui est à César.8 - N’abrège pas sans pitié les belles mélodies du cœur des montagnes. Ce qui constitue un
ensemble. Joue-le en entier. - Pas un jour sans pratique. Vous serez ainsi à l’abri des « grincements » et des faux
sons, et vous ne serez pas la proie des je-sais-tout et des ricanements.9 - Écoute ! Essaye aussi de temps en temps quelque chose de personnel. Ne sous-estime pas
ta force créatrice.10 Essaie-toi à des tournures et des modulations MINEURES.11 Tu trouveras là un champ
pratiquement inexploré. - Si tu vas à des Fêtes, tu rechercheras évidemment distinction et reconnaissance. Mais,
comme bon Suisse tu participeras aussi, s’il le faut, à de plus humbles manifestations
patriotiques, même s’il s’agit de la faire gratuitement. L’homme ne vit pas de pain seulement.12
(12*)
Remarques
Ce carnet de compositions et de compilations d’airs entendus et notés par A-L Gassmann est une véritable source dont tout joueur de cors des Alpes devrait s’inspirer. Ayant remarqué (à son époque) que les codes d’interprétations (phrasés, nuances silences habités etc.) avaient disparus ou étaient en train de disparaître, A-L Gassmann a noté au plus près ce qu’il entendait ou ce qu’il voulait dans ses compositions, toutes les indications nécessaires comme le faisaient les compositeurs du XIXème siècle, temps où l’on commençait à jouer non plus seulement de le musique de « son » époque, mais à ressortir des compositeurs « anciens » (cf Mendelssohn-Bach) en ayant oublié les codes. Il faut remettre ces « conseils » dans leur contexte et comme nous le verrons plus tard, relativiser ses propos. Ils n’en restent pas moins très pertinents et certainement forts adéquats à l’époque à laquelle ils ont été rédigés.
Il existe une « traduction » de 2011 signée AMR-Villars-Bozon qui mérite d`être repensée et mise à jour (ici).
- On ne sait pas ici de quelles notes il parle. Certains on traduit cela par « les 6 sons autorisés »
ce qui ne veut rien dire ↩︎ - On ne joue pas une phrase de cor des Alpes comme un trompettiste. Il faut ici rappeler que les
1er cors des Alpes de « sauvegarde » qui avaient été fabriqués afin de perpétuer le jeu de
l’instrument avaient été donné à des musiciens de fanfare après qu’à la Fête d’Unspunnen de 1805 il
n’y avait que 2 joueurs. Ceci explique peut-être cette remarque de Gassmann. ↩︎ - Certains ont traduit par : « pas de fioritures ». C’est une erreur absolue et une méconnaissance
du jeu de l’époque. (c.f Les Arias da Capo). ↩︎ - Certains ont traduit Gemäss par « tradition ». C’est une erreur. Il n’y en avait pas. Mais c’est
pour justifier leur « fausse tradition » créée depuis. ↩︎ - Ce qui ne veut pas dire « sans Tempo » et avec un rythme aléatoire et fantaisiste. ↩︎
- Profite de l’acoustique du lieu dans lequel tu joues. ↩︎
- Notez qu’il ne parle pas ici du Sib dont il use énormément dans ses compositions.
Seul le Fa (très éloigné du Fa de la musique tempérée exclusivement utilisée à son époque) est
concerné. Certains ont traduit par « jamais sur un temps fort (Gassmann dit : « Starte Taktzeit ») ce qui
contredirait les mesures 3 et 4 du No 16 « Von des Rigi III » page 40 ou le mesures 2 et 3 du No
33 « Alter Welsscher Kuhreihen » page 50 (en 3/8 le 3ème temps est un temps fort). On pourrait multiplier les exemples. Il ne faut juste pas, lorsqu’on traduit, faire dire à l’original
ce qu’on aimerait bien qu’il dise !!! ↩︎ - Je pense ici tout spécialement aux nombreux joueurs qui veulent absolument jouer « Amazing
Grace », « Le vieux Chalet » ou autre chant Ce n’est pas possible il manque la « la » et truquer la
mélodie devient irrespectueux et sans intérêt. ↩︎ - La traduction habituelle de : « Cela t’empêchera aussi de faire partie de ceux qui se croient seuls
à tout savoir et à tout pouvoir. » est totalement fausse et inappropriée. C’est le contraire qu’il faut
comprendre. ↩︎ - Mais ne fais pas n’importe quoi ! La musique a des règles à respecter (forme, harmonie etc.)
On a le droit d’y déroger mais sciemment et de manière justifiée. Fais-toi aider d’un connaisseur ! ↩︎ - La traduction habituelle parle de « modulation avec bémol. Or en allemand Moll veut dire mineur ! ↩︎
- Pour ma part, dans le mot « Fêtes », Gassmann n’entend nullement « concours ».
Ceux-ci sont à éviter à tout prix, les juges restant sur des positions « traditionnalistes », voulant
que l’on joue les morceaux à la manière dont la « fausse tradition » édictée et décidée par la
fédération bernoise est encore très (trop) en vigueur. Gassmann dit justement le contraire. ↩︎
Uf dä Bänklialp
À force d’être joué de mille manières, avec ou sans partitions, ce morceau s’est peu à peu déformé. On y a ajouté des notes, des respirations un peu partout, des points d’orgue etc … Le tout quand on le joue est d’avoir tous la même version.
J’en propose ici 4 versions dont une toute à fait audacieuse dont j’assume pleinement la responsabilité.
Version originale
Version traditionellement joué par les groupes
Version de la Fédération Suisse 1976
Version revue par P. Bielser
La deuxième partie ne commençant pas par une levée, j’ai osé au grand dam de certains, considérer la dernière noire de la 4ème mesure de la version originale comme une fin de mesure terminant sur la dominante et ainsi penser la suite comme une réponse.

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